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Trustons l’enseignement !

vendredi 17 août 2007, par Julien Dohet, Laurent Petit, Michel Recloux, Olivier Starquit

"Allez donc faire comprendre à des élèves que l’enseignement primaire n’est pas primaire, que le secondaire est loin d’être secondaire et que le supérieur est parfois moyen"
Philippe Geluck

Régulièrement, vers septembre, le sujet est abordé. Tous nous y sommes impliqués et tous nous voulons qu’il soit organisé de la meilleure façon possible : c’est l’enseignement. Quoi de plus fondamental que l’éducation de nos chères têtes blondes (brunes et rousses aussi).

Au cours de son histoire, l’éducation a toujours eu pour but de bien former les gens à exercer un métier, à apporter un "savoir-faire" (l’école est obligatoire parce que les patrons avaient besoin d’ouvriers un peu plus instruits). Elle est aussi un organe de reproduction sociale : elle forme à accepter les inégalités sociales comme allant de soi, idem pour les notions de concurrence et de rentabilité qu’elle introduit dans l’école notamment en se laissant envahir par la publicité et le sponsoring (les chaires BBL ou RTL-TVI en 2001 à l’UCL [1] ou le programme soi-disant pédagogique "Média Smart" d’analyse des médias créé par les publicitaires eux-mêmes). Le phénomène n’est pas nouveau. Nous nous rappelons avoir assisté il y a une vingtaine d’années, alors que nous étions à l’école primaire, à un spectacle de Ronald Mc Donald et ses amis. Il s’agissait d’une pièce ayant pour héros le clown de la célèbre multinationale dont la nourriture n’est pas forcément réputée pour ses qualités diététiques. Ce n’est pas ce que nous attendons de l’école, ni ce que nous voulons pour elle. Nous pensons qu’il serait temps qu’enfin elle remplisse son rôle émancipateur en fournissant aux (futurs) citoyens les outils nécessaires à l’exercice effectif de leur esprit critique sur la société.

L’Appel Pour une École Démocratique [2] a proposé dès 2006 un programme en 10 points pour améliorer l’enseignement en Belgique francophone. Nous soutenons ce programme qui, s’il était appliqué, revaloriserait l’école et lui permettrait de prendre sa vraie place dans la société, c’est-à-dire, une des plus importantes, si pas la plus importante.

Le point 4 de ce programme porte sur la fusion des réseaux en un seul, forcément public.
Nous estimons nécessaire de préciser que l’enseignement devrait être un monopole public. En effet, former des citoyens libres, tolérants et dotés d’un esprit critique est une mission de service public qu’il est impossible de remplir correctement, comme toute mission de service public d’ailleurs, dans un contexte de concurrence. Vu la persistance d’un chômage massif, l’absence de monopole dans le domaine de l’enseignement permet à l’initiative privée (qui peut sélectionner ses usagers) de proposer un enseignement orienté vers la formation d’une main d’œuvre employable, soumise et … concurrentielle.
Un autre argument en faveur du monopole public est que si des écoles privées (et pour nous le réseau dit libre ou "public fonctionnel" en fait partie) existent, alors les inégalités sociales continueront à se reproduire entre ceux qui pourront se payer cet enseignement et les autres L’existence même de ce genre d’initiative est incompatible avec l’objectif d’un enseignement citoyen et égalitaire qui doit nécessairement concerner toute la population.

Nous ne sommes pas dupes et nous savons que ces inégalités existeraient aussi à l’intérieur d’un réseau public, mais il serait possible de les diminuer voire de les supprimer en introduisant, par exemple, la "carte scolaire". Celle-ci permettrait la mixité sociale à l’intérieur des écoles. Il est clair que cette mixité doit se créer aussi au niveau des quartiers, fini les ghettos pauvres, bourgeois ou ethniques, vive la "multi sociabilité". Dans ce cadre, les écoles à discrimination positive dont les vertus égalitaires restent à démontrer n’auraient plus de raisons d’exister.
La non reconnaissance des diplômes des écoles privées au lieu de leur interdiction pure et simple n’est pas suffisante car il y a toujours le risque de la cooptation des élites entre elles, car si la fonction publique requiert la présentation des diplômes, le secteur privé peut se montrer plus souple en la matière.
Il nous semble évident que ce monopole public se doit d’être neutre d’un point de vue politique et philosophique, les cours à caractère confessionnel ou de morale laïque seraient remplacés par des cours d’éducation à la citoyenneté, voire de philosophie qui aborderaient avec la méthode du libre-examen, les grands sujets qui nous interrogent (qui sommes-nous ? d’où venons-nous ? où allons-nous ? pour quoi faire ? etc).

Ce monopole public pose d’autres questions comme celle du nombre d’enseignants, des bâtiments scolaires, du port de l’uniforme, du maximum d’élèves par classe, des méthodes d’enseignement, des programmes, etc. Pour certaines, nous vous renvoyons au programme de l’Aped. Mais pour toutes, la discussion reste ouverte.

Notes

[1] voir Dominique Berns, Université cherche mécènes in Le Soir, 24 septembre 2001. Sur le site de l’UCL, vous découvrirez qu’il existe des chaires ING, Fortis, AXA dans la section IAG-Louvain School of Management (http://www.uclouvain.be/iag.html)

[2] voir le site de l’Aped, http://www.ecoledemocratique.org et notamment le n°28 de la revue L’Ecole démocratique (décembre 2006) dont les articles sont accessibles en ligne à l’adresse http://www.ecoledemocratique.org/article.php3?id_article=360

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