collectif Le Ressort
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Au mois d’octobre, nos concitoyen·ne·s seront de retour dans l’isoloir afin d’élire les prochains conseils communaux. Nous expérimentons ensemble, depuis quatre ans au fédéral, depuis un an à la région, des majorités très à droite sur le plan socio-économique, voire carrément d’extrême-droite en matière de politique d’accueil des étrangers.

Depuis une quarantaine d’années, toutes les formations politiques de gouvernement ont été peu ou prou contaminées ou hypnotisées par l’idéologie néolibérale et son mantra « TINA » (There is no alternative) [1]. Pourtant au milieu des politiques austéritaires européennes, une voie alternative, sans doute imparfaite et perfectible, trace discrètement sa route depuis novembre 2015 : c’est « l’expérience portugaise ».

En effet, depuis les dernières élections législatives, le Portugal connait une situation gouvernementale inédite : le parti socialiste gouverne tout en étant minoritaire dans les chambres. Pour ce faire, il a conclu séparément [2] un accord de « majorité » particulier, avec les écologistes, le parti communiste et le bloc de gauche. Ceux-ci soutiennent au coup par coup le gouvernement sur base de cet accord par lequel le parti socialiste au pouvoir s’est engagé (et a mis en œuvre) une série de mesures progressistes et anti-austéritaires : abaissement de l’âge de la retraite de 67 à 65 ans, investissement massif dans l’enseignement public, relèvement d’une série d’allocations sociales, augmentation du salaire minimum en 2016 puis en 2017, renforcement du droit du travail, baisses d’impôts pour les salariés les plus modestes, arrêt des privatisations de services et d’infrastructures publics, programme de lutte contre la précarité, suppression des coupes dans les revenus des fonctionnaires et restauration des 35 heures...

Bref, le contraire des mesures préconisées par l’Union Européenne qui prédisait une catastrophe apocalyptique si de telles politiques étaient menées…

Qu’en est-il en réalité ? Le Portugal, sans faire des étincelles est pourtant en passe de devenir un des pays européens ayant l’un des meilleurs taux de croissance économique et, malgré un léger déficit budgétaire, il a réussi à stabiliser sa dette publique…

En Belgique, nous sommes très loin de la possibilité de voir émerger de telles politiques. Mais ce qui ne peut être fait au niveau fédéral, pourrait être tenté à l’échelon régional. C’est dans cet esprit, que la FGTB wallonne a lancé, il y a quelques mois, un appel et des rencontres avec le PS, Ecolo et le PTB afin de plaider en faveur d’une majorité à gauche en Wallonie à partir de 2019.

Il est un autre plan encore, qui est souvent négligé et sous-estimé. Nous pensons en effet qu’il n’est point besoin d’attendre 2019 pour mettre en œuvre des politiques plus en faveur des citoyen·ne·s. C’est pourquoi nous lançons le présent appel : dans les communes où le résultat des élections le permettrait, la recherche de la constitution de majorités le plus à gauche possible doit être privilégiée. Afin que les électeurs et électrices puissent aussi appuyer une telle volonté, il serait bon que les formations politiques annoncent dès avant les élections les majorités qu’elles entendent privilégier en fonction des résultats des votes.

Il ne suffit cependant pas que l’étiquette sur la bouteille de vin soit belle pour que le vin soit bon… De nombreux débats, de nouvelles thématiques et de nouveaux enjeux parcourent la société dans ses aspirations à plus de justice, à une meilleure répartition des richesses et à une attention extrême aux questions d’environnement et de durabilité. L’enjeu consisterait «  à mettre en pratique un nouveau modèle de gouvernement local sous contrôle citoyen, transparent et participatif, qui permette de lancer des politiques justes, redistributives et durables, pour affronter la crise économique et politique  ». [3]

C’est pourquoi, de telles majorités ne sauraient servir la cause du peuple sans intégrer dans leur programme de majorité, en tout ou en grande partie, les éléments suivants :

1. En matière de démocratie, afin d’impliquer les habitant/e/s dans la gestion quotidienne de leur ville, mettre en place des politiques de participation citoyenne au travers de comités de quartier (pour partie élus, pour partie tirés au sort), ayant un rôle effectif dans la gestion du budget communal. Les citoyen·ne·s pourront se prononcer dans un premier temps sur les aménagements de leur quartier et ultérieurement sur d’autres sujets. Encourager la création ou le développement de maisons de quartier de rencontres et d’échanges interculturels.

2. En matière de sécurité alimentaire, développer des politiques volontaristes pour faire entrer la ville en transition [4], selon un programme corédigé avec le secteur associatif. Ce programme comprendra entre autres le soutien aux acteurs du développement d’une « ceinture alimentaire », l’aménagement de jardins partagés, la généralisation progressive du bio-local dans les cantines scolaires, du personnel, des hôpitaux ou des maisons de retraite.

3. En matière de droit au logement et de politique active d’accompagnement des sans-abris, soutenir les associations de terrain et mettre à disposition des logements de transit et de resocialisation ; mettre en place un contrôle des loyers et de l’état des biens mis en location ; réquisitionner les logements vides ; édicter des prescriptions d’urbanisme rendant obligatoire l’accès aux étages des rez-de-chaussée commerciaux et abroger les arrêtés/ anti-mendicité.

4. En matière d’environnement et de mobilité, démontrer un engagement clair pour des villes et communes où la qualité de l’air est le moteur de la réflexion. Cela vaudra en matière d’urbanisme (notamment du point de vue de l’isolation, du type d’énergie ou de la verdurisation), de mobilité douce ou collective, de préservation des espaces verts et de leur augmentation. Œuvrer également à la sécurisation de l’espace public (en collaboration avec les milieux associatifs et économiques), au développement d’aménagements inclusifs (poussettes, PMR…) dans l’accessibilité à tout espace public (en ce compris les arrêts de transport en commun), ainsi qu’à la démocratisation de l’accès aux infrastructures sportives et au développement de celles-ci.

5. En matière de soutien à la relocalisation de l’économie, oser le développement d’initiatives économiques et/ou industrielles publiques, par exemple sous forme de régie communale, pour répondre aux défis des besoins croissants en infrastructures ; encourager la relocalisation des petits commerces et autres activités économiques en centre-ville, par une politique d’immobilières sociales et d’aménagement du territoire spécifiquement attachées aux espaces commerciaux et industriels urbains ; lancer une transformation de ces services publics «  bureaucratisés  » en biens communs contrôlés démocratiquement par les citoyens.

6. En matière de conciliation emploi/vie privée et d’égalité des genres, agir concrètement et résolument pour faire des villes et des communes des lieux d’avant-garde dans les domaines sociaux et de l’emploi ; négocier avec les représentant·e·s des travailleuses et travailleurs de la commune, de son CPAS, de ses ASBL et intercommunales ; expérimenter la réduction collective du temps de travail à 32 heures, en 4 jours, sans perte de salaire et avec embauche compensatoire, et tendre vers l’égalité des genres dans la fonction publique locale, tant en terme de pourcentage que dans l’accès aux postes à responsabilités.

7. En matière d’accueil, s’attacher à rendre les villes et communes hospitalières et refuser de se rendre complices des politiques de contractualisation des allocataires sociaux et de chasse aux migrants.

8. En matière de gestion publique, affirmer l’engagement des autorités communales à réaliser une gestion transparente, tant aux yeux des élus (y compris ceux de l’opposition) qu’à ceux de la population en général ; organiser dès lors la mise en œuvre réelle et effective de la transparence numérique et de l’accessibilité de toutes les données publiques prévues par la loi.

9. En matière de scolarité, lutter activement contre la dualisation de l’enseignement ; s’engager à rendre accessible à toutes les couches de la population les formes d’enseignement alternatif, tels l’enseignement par projet ou l’immersion linguistique.

10. En matière de finances publiques, afin de dégager des moyens substantiels pour mener sans entraves les politiques énumérées ci-dessus, réaliser un audit public et citoyen approfondi de la dette de la commune et refuser d’en subir le carcan.

Voici les 10 thématiques de base qui nous sembleraient devoir être explorées par tout programme de majorité qui tenterait de constituer une union de la gauche : un programme qui mettrait en avant la démocratie et le bien-être de la population plutôt que l’attractivité de la commune pour des investisseurs en quête de rendements exclusivement financiers.

Simples citoyen·ne·s engagé·e·s ou militant·e·s issu·e·s de divers courants de la gauche politique, écologique ou sociale, nous souhaitons que les différentes formations politiques qui vont concourir pour s’attirer nos voix se prononcent publiquement sur leurs options de coalition, détaillent surtout leurs points de programmes par rapport à l’exercice du pouvoir par un descriptif concret de mise en pratique et ne se contente pas de grandes têtes de chapitre sur la « participation des citoyens ». Il nous apparait que le potentiel pour une telle démarche existe réellement dans une série de villes et communes : Anthisnes, Bruxelles-ville, Charleroi, Gand, Ham-sur-Heure, Ixelles, Trooz, Visé, Zelzate…. et singulièrement Liège, ville où est basé notre collectif, Le Ressort.


Pour le collectif Le Ressort : Malika BLACH, Steve BOTTICN, Didier BRISSA, Maximilien LEBUR, Aurélie NISOTt, Sylvain POULENC, Michel RECLOUX, Olivier STARQUIT, Audrey TAETS.


Ce texte est une version longue d’une carte blanche publiée en version abrégée sur le site du journal POUR : https://pour.press/pour-des-commune...

Ce texte est également soutenu par une série de personnalités :

- Mateo ALALUF, professeur ;
- Niclas BARDOS-FELTORONYI, économiste, professeur émérite ;
- Yannick BOVY, réalisateur ;
- Jojo BURNOTTE, animateur CEPAG ;
- Luca CICCIA, citoyen ;
- Dimitri COUTIEZ, historien ;
- Vincent DE RAEVE, citoyen/écrivain ;
- Vincent DECROLY, juriste ;
- Christian DRAGUET, syndicaliste ;
- Anne DUFRESNE, chercheuse au GRESEA ;
- Pierre EYBEN, chercheur et candidat Vert Ardent ;
- Ezio GANDIN, ami de la terre ;
- Cristina GAY, citoyenne ;
- Marc GOBLET, syndicaliste retraité ;
- Françoise HANSOUL, arts de la Scène - candidate Vert Ardent ;
- Céline MARTIN, attachée culturelle ;
- Sylvain MICHIELS, syndicaliste ;
- Dominique NUYDT, citoyen ;
- Christine PAGNOULLE, professeur ;
- Didier SOMZE, enseignant ;
- François SONNET, maraîcher ;
- Jean-François TAMELLINI, syndicaliste ;
- Pierre VERMEIRE, citoyen ;

P.-S.

Nous invitons également tous ceux et toutes celles qui partagent cette aspiration en faveur de politiques communales sociales et environnementales, en rupture claire avec le système actuel, à joindre leur voix à notre appel :

Signez la pétition "Pour des communes à gauche" (Belgique / élections communales 2018) : https://www.change.org/p/les-citoye...

Notes

[1] Olivier Bonfond, « Il faut tuer Tina », coédition Le Cerisier / CEPAG, 2017.

[2] Cet accord a de particulier qu’il n’y a pas de de négociations « à quatre », mais que chaque parti a négocié « son » accord directement avec les sociaux-démocrates sans concertation avec les autres partis de gauche.

[3] Comment remporter la ville en commun : guide pour la construction d’une plateforme citoyenne municipaliste, Commission internationale de Barcelona en Comú, mars 2016, p.4

[4] Economie bas carbone, relocalisation des productions, passage au bio-local, verdurisation urbaine, etc.

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