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A l’Etat de fournir un premier contrat

jeudi 12 avril 2007, par Eric Jadot, Julien Dohet, Michel Recloux, Olivier Starquit

Dans son dernier rapport sur l’emploi des jeunes publié en février dernier l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) préconise une fois de plus d’inciter les jeunes à la recherche plus active d’un emploi par le biais d’un "renforcement des obligations des jeunes" et la suppression à terme de l’allocation d’attente.

Outre une dénomination pour le moins fâcheuse, l’allocation d’attente serait-elle de nature à favoriser chez les jeunes une tendance à se complaire dans le confort d’une oisiveté assistée ? Nous ne le pensons pas. De quoi parlons-nous ? D’une allocation perçue par les jeunes au bout de neuf mois d’attente et qui s’élève pour un jeune de moins de 20 ans vivant seul à 389 €. Ce montant peut s’élever jusqu’à 889 € pour un jeune ayant charge de famille. Etonnamment ou non, aucun rapport de l’OCDE n’indique comment un jeune est sensé subsister avec cette somme.

Si l’on part du postulat que les pouvoirs publics doivent s’activer à fournir au jeune un emploi plutôt que de s’évertuer à "activer les jeunes", il est évident que le Forem aura un rôle central à jouer dans cette démarche. Un projet ambitieux en la matière serait de donner à ce dernier les moyens de remplir une mission claire : offrir à chaque jeune dès sa sortie de l’école un premier contrat d’activité(s). Les modalités d’un programme si vaste sont évidemment à étudier en profondeur et l’idée n’est pas ici d’amener en quelques lignes une "solution clé sur porte". Il nous semble simplement intéressant de souligner qu’une approche idéologique autre et alternative du problème est possible et nécessaire pour ne pas laisser les nouvelles générations dans ce qui ressemble déjà aujourd’hui à "un piège à la jeunesse".

L’enjeu de la proposition est clair : permettre au Forem de devenir vraiment ce qu’il n’est pas aujourd’hui : la véritable plaque tournante de l’embauche en Wallonie. Trop souvent, en effet, le secteur intérimaire s’approprie ce rôle et devient de facto le passage obligé du jeune demandeur d’emploi en quête d’un premier contrat (à durée déterminée) à un point tel que ce parcours semble, par ailleurs, intégré dans les esprits. Il y a là une dérive qu’il s’agirait de recadrer en cantonnant les sociétés d’intérim à leur vocation première : le remplacement de travailleurs malades.

Cela ne vous aura pas échappé, nous évoquons ici un contrat d’activité(s) et ce terme a toute son importance. En pratique, le jeune se verrait proposer un contrat réel auquel correspondrait un salaire garanti et qui impliquerait la réalisation d’un projet d’insertion socio-professionnelle sur base de l’exercice d’une ou plusieurs activités durant une période donnée. Un tel contrat pourrait alors prendre la forme d’un véritable contrat de travail au sein d’une entreprise, mais aussi regrouper différents types d’activités : formation continuée, activités au sein d’associations reconnues, contrats au sein d’entreprises ou de services publics.

Une question centrale dans la mise sur pied d’un tel programme serait celle du financement. Outre les moyens actuellement alloués à l’allocation d’attente et de chômage des jeunes qui en bénéficieraient demain, nous pensons que bon nombre d’aides à l’emploi accordées aux entreprises pourraient être conditionnées à la création de tels emplois "jeunes" d’une part. D’autre part, il faudrait voir dans quelle mesure les aides actuellement les moins porteuses en termes d’emplois créés ne pourraient pas être réaffectées à la création directe d’emplois au sein de services publics répondant à certains besoins manifestes (citons notamment les crèches, les services aux personnes âgées...) tout en mettant en oeuvre un cadre transparent pour éviter les risques de clientélisme. Enfin, il ne faut pas négliger les économies qui pourraient être réalisées via la réussite d’un programme d’une telle envergure.

Pour conclure, nous nous en voudrions de ne pas mentionner un chantier progressiste qui semble aujourd’hui être devenu tabou mais qui, envisagé de manière pragmatique et sectorielle, pourrait créer automatiquement et sans coût additionnel un nombre conséquent d’emplois qui pourraient notamment profiter aux jeunes : la réduction du temps de travail. Qui nous empêche aujourd’hui de prendre des mesures conséquentes en ce sens au sein des services publics et dans certains secteurs privés.

Nous en avons conscience, les pistes évoquées ici bousculent la réalité institutionnelle et la pensée dominante du moment. Mais nous pensons aussi que les politiques actuelles ont montré leurs limites en la matière et qu’une approche (encore plus) répressive et culpabilisante à l’égard des jeunes ne sera pas de nature à favoriser ni épanouissement ni dialogue social. Lorsqu’il s’agit d’une problématique aussi cruciale que l’insertion sociale et professionnelle de la nouvelle génération, les progressistes de tout bord se doivent de dépasser a priori et certitudes pour explorer les territoires du possible.

P.-S.

Cet article a été publié dans la Libre Belgique du 12 Avril 2007

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