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Tous ensemble, tous ensemble, ouais, ouais, ouais !

lundi 6 octobre 2008, par Didier Brissa, Isabelle Chevalier, Julien Dohet, Michel Recloux, Olivier Starquit (Date de rédaction antérieure : 6 octobre 2008).

Ah le pouvoir d’achat ! Que ne ferions-nous pas pour vivre mieux ? Pour nous-mêmes ! Et pour les autres ? Que sommes-nous prêts à faire ? A défendre ?

lucky grèvePour les plus démunis, il est urgent d’agir. Il faut trouver des solutions à court terme comme celle de diminuer la TVA sur les énergies à 6%., distribuer des chèques mazout-gaz-électricité plus élevés, organiser le paiement échelonné des factures, réquisitionner les logements inoccupés, revenir à un réel index et supprimer les effets « santé » et « lissé », lier les allocations sociales à l’évolution réelle des salaires... Il vaut mieux ça que rien du tout. Mais il ne faut surtout pas en rester là. La politique du « moindre mal » ne va pas nous sauver. Il est urgent de trouver des solutions qui fonctionneront sur le long, très long terme. Voilà à quoi devrait s’atteler un gouvernement digne de ce nom.

Compétitivité ?

On nous dit que nous devons « augmenter notre compétitivité, ce qui accroîtra notre richesse et donc notre pouvoir d’achat » ! Car nous sommes en crise ! Mais de quelle crise parlons-nous ? Certainement pas de celle des actionnaires, ni des bénéfices des entreprises. La richesse des pays industrialisés est toujours en augmentation même si elle n’atteint pas les sommets anormaux des « Trente Glorieuses » [1]. Si crise il y a, il s’agit d’une crise de la redistribution des richesses produites sans cesse plus nombreuses. La part des salaires dans le PIB est en constante diminution [2]. Les richesses produites par les travailleurs ne leur reviennent pas.

Compétitivité face à qui, à quoi ? Nous savons que la plus grande part des délocalisations se font au sein de l’Union Européenne [3]. Il s’agit donc pour le travailleur belge de rivaliser avec le travailleur européen ! L’Union a été créée, dit-on, pour empêcher les guerres, ne doit-elle pas aussi faire obstacle aux guerres économiques ? Ce dont on a besoin, c’est d’une Europe sociale forte qui offre les mêmes droits et devoirs (au même prix) à tous les citoyens européens, pas d’une Europe des marchés imposant à tous une concurrence libre et non faussée.

Temps de travail

On nous dit qu’« il faut travailler plus, pour gagner plus », et donc multiplier les heures supplémentaires ! Sont-ils fous tous ceux qui demandent cela ? Non seulement le nombre d’accidents de travail, à n’en pas douter, augmenterait mais, et tout le monde le sait, plus on passe de temps sur son lieu de travail moins on s’y sent bien : stress, fatigue, manque de chaleur humaine, dégradation des relations familiales... Il n’est pas superflu de rappeler que les heures supplémentaires déclarées représentent d’après les estimations les plus basses un minimum de 150.000 équivalents temps plein ! Ne vaudrait-il pas mieux mettre 150.000 chômeurs au travail ? Ce n’est pas travailler plus, que ce soit sur l’année, le mois, la semaine ou la journée, qu’il faut accepter de faire mais bien de travailler moins. La semaine de 4 jours alors ? Oui, mais en 32h (et non 38, ce qui impliquerait des journées de 10h contre lesquels des travailleurs se sont battus aux 19e et 20e siècle, parfois au prix de leur vie). Voilà ce qui permettrait aux gens de s’occuper d’eux-mêmes, de vivre mieux, de participer à la vie collective, de s’épanouir, d’être « compétitif » au travail.Une réduction du temps de travail avec embauches compensatoires et sans perte de salaire, évidemment. L’argent ainsi redistribué renflouerait les caisses de l’Etat pour favoriser la solidarité, les services aux publics et le bien être de la population. Toutes choses qui améliorent notre pouvoir d’achat, nos conditions de vie.

Le marché

On nous dit qu’il faut des « accords all-in » qui empêchent d’augmenter les salaires si l’index explose. Celaa ne va certainement pas résoudre les problèmes de fin de mois, et pas seulement pour les plus pauvres d’entre nous, puisque même la classe moyenne a ce même souci [4]. En plus de la « compétitivité », la FEB, poussée par les grandes multinationales et les fonds de pension qui exigent un « return » à deux chiffres, a un deuxième mot fétiche sans cesse à la bouche –modération salariale- mais, au vu de l’actualité, au lieu de sous financer le travail et l’investissement (cette autre victime de la financiarisation), peut-être serait-il temps de parler de « modération actionnariale » ?!

La « main invisible » capitaliste nous assure que « le marché s’autorégule », qu’il faut « le laisser faire, le laisser aller ». Quelle connerie, quel cynisme ! C’est évidemment un mensonge éhonté comme l’a montré la funeste crise de 1929 et comme on le voit encore aujourd’hui. Qui sauve les banques américaines, britanniques, allemandes, belges si ce ne sont les États !? Notons d’ailleurs à ce sujet que le gouvernement belge a trouvé en moins de 48h, la somme colossale de 4,8 milliards d’€ pour Fortis et 3 milliards pour Dexia mais se demande comment combler un déficit de la sécurité sociale de 400 millions d’€ (19 fois moins !) et ne trouve pas de quoi augmenter les allocations sociales : 24 heures pour sauver Fortis, et 24 de plus pour Dexia, après 12 mois de déni du problème de pouvoir d’achat vécu douloureusement par les citoyens ! Cet État que le même capitalisme, que les mêmes banques souhaitent voir réorienter l’utilisation de ses moyens en privatisant les services offerts à tous pour enrichir quelques-uns. Privatisation dont les exemples de la poste, des télécommunications, de l’énergie… montrent combien elle est « bénéfique » aux citoyens ! Il faut dire stop à la socialisation des pertes et à la privatisation des bénéfices. Devant l’ampleur du désastre, les néolibéraux en viennent eux-mêmes à parler de nationalisations ? Eh bien parlons-en et défendons au nom de l’intérêt collectif de nouvelles nationalisations comme on le fait actuellement en Amérique Latine. Et parlons aussi de supprimer les paradis fiscaux ; de lever le secret bancaire, d’instaurer enfin une taxe de type Tobin-Spahn sur les mouvements de capitaux, d’annuler la dette inique qui asphyxie les peuples du Sud...

Et maintenant ?

Certains voudraient nous faire bosser plus comme on l’a dit plus haut. Mais, en plus, ce serait du bénévolat, plus d’heures mais sans toucher un kopek ! « Vous comprenez, c’est pour le bien de notre votre entreprise, pour sauver l’emploi et ne pas devoir délocaliser, pour maintenir la compétitivité… ! » Accepterez-vous ce diktat ? Non ! Et vous avez eu raison, avec vos syndicats, de vous opposer et d’exiger un salaire décent, l’augmentation de votre pension.

Eh bien ce genre de combat ne vaut pas que votre petite entreprise, il concerne tout le monde, et pas seulement ceux qui travaillent. Et pas seulement notre petit pays ! Et si vous croyez que ce sont les dirigeants économiques qui vont vous sauver, vous vous trompez. Contrairement aux vociférations des thuriféraires du service minimum, il convient d’affirmer haut et fort que la grève est une des seules armes de destruction massive des inégalités sociales. A utiliser et à défendre face à ceux qui comme le fit en son temps Margaret Thatcher, voudraient nous l’interdire. Est-ce cela le modèle prôné et défendu par la FEB et par le gouvernement ? C’est pourquoi, à la veille d’une négociation de l’Accord Interprofessionnel où le patronat arrive avec de nouvelles revendications de régression sociale, il était primordial de se mettre en grève ce lundi. La grève n’est pas qu’un droit, c’est un devoir. Le devoir de se mobiliser pour défendre une vie meilleure pour tous.

Pour le Mouvement le Ressort Signatiares : Didier Brissa, Isabelle Chevalier, Julien Dohet, Michel Recloux, Olivier Starquit,

Notes

[1] C’est la période de forte croissance économique qu’ont connu entre 1945 et 1973 une grande majorité des pays développés, 5% en moyenne par an (http://fr.wikipedia.org/wiki/Trente_glorieuses).

[2] De 62% en 1980 à moins de 50% aujourd’hui. (voir e.a. Temps de travail, oser le contre-pied. Éd. FGTB-LHW & Promotion&Culture, 2005)

[3] En Belgique, les délocalisations concernent surtout les pays voisins et autres pays de l’UE 15 ; les PECO ne représentent 10 % du total et l’Asie 6 %. Ce qui se situe dans la moyenne européenne (http://www.eurofound.europa.eu/eiro/2005/11/study/tn0511103s.htm).

[4] Voir le sondage « Les priorités des Européens » de l’ifop pour Les Echos en août 2008. Pour 50% des Belges, le problème prioritaire est le pouvoir d’achat qui est la priorité pour 23% d’Européens. (http://www.ifop.com/europe/sondages/opinionf/prioriteseuropeens.asp)

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